Conseil municipal du 18 mai 2020 : intervention de Honoré Puil

Madame la Maire, Chers collègues,

Après un premier conseil municipal tenu à distance voici quelques semaines, nous nous retrouvons ce soir dans une nouvelle configuration qui progressivement (hélas trop progressivement) se rapproche des conditions normales mais sans retrouver en un seul et même lieu la totalité de nos collègues conseillers ni notre salle habituelle  de l’hôtel de ville.

Vous avez tenu, Madame la Maire, à ce qu’en cette période exceptionnelle des conseils municipaux se tiennent. C’est tout à votre honneur puisque les ordonnances ont renforcé l’exécutif mais considérablement réduit le rôle des assemblées et de celles et ceux qui les composent.

Le positionnement intellectuel, idéologique des Radicaux a toujours été celui des libertés. De toutes les libertés. Aussi, il nous tarde que les assemblées, les institutions retrouvent au plus vite un fonctionnement ordinaire et démocratique.

Dans mon intervention précédente, j’avais insisté sur le rôle essentiel de l’Etat et des maires dans cette crise. Ces deux acteurs ont aussi un rôle majeur dans la préservation de nos libertés. Malheureusement sur ce point nous pouvons avoir quelques inquiétudes.

A la faveur de l’état d’urgence sanitaire, nos libertés publiques ont été réduites. Confinement, arrêt de l’économie, interdiction des déplacements, droit du travail réinterrogé ! Ces mesures visant à protéger la population  étaient indispensables et il ne s’agit pas de les remettre en cause. En revanche, il y a lieu de s’interroger sur les outils développés durant cette période ? Que penser, par exemple, des différents  dispositifs de traçage ? De l’usage tout à fait immodéré des télécommunications  comme des smartphones ? Il est impératif qu’après cet épisode douloureux on en revienne, sur le plan des libertés, à la situation antérieure. Malheureusement, l’histoire récente des « états d’urgence » en France, comme ailleurs, nous montre que c’est rarement le cas. Pour notre démocratie française, l’état d’urgence sanitaire ne doit pas aboutir (et à terme) à diminuer nos libertés publiques ou encore à amoindrir le droit du travail.

A la faveur de l’état d’urgence sanitaire, nous avons vu aussi des maires vouloir restreindre les libertés individuelles en allant au-delà de ce qui était demandé et validé par l’Etat comme l’instauration du masque obligatoire dans l’espace public ou de couvre-feux . La Ligue des Droits de l’Homme a eu raison d’alerter et dans certains cas de saisir la justice.  C’est aussi dans un moment comme celui-là  que l’on voit tout l’intérêt d’un  conseil constitutionnel, gardien de nos libertés et de la justice. Il ne faudrait pas, comme le soulignait, le philosophe Jean-Pierre Le Goff ce week-end dans Ouest-France que nos libertés finissent par s’éroder par lassitude, par habitude.

Il nous semble enfin que dans cette période, il n’est pas interdit non plus de faire appel à la responsabilisation de l’individu, du citoyen et ce notamment lorsqu’il s’agit de sa  propre santé. Assez des discours, des mises en garde permanentes du ministre de l’intérieur qui s’adressent aux Français comme à des enfants impertinents ! Cessons d’infantiliser les Français !

Bientôt,  le débat politique normal va reprendre. Il a d’ailleurs repris localement. Néanmoins, la crise sanitaire mondiale que nous traversons a mis en lumière les difficultés auxquelles nous devrons trouver des solutions :  trop grande dépendance des chaînes de valeurs par rapport aux autres pays et notamment vis-à-vis de la Chine, renouveau des frontières,  décrédibilisation de certaines organisations internationales, inégalités toujours plus grandes (en effet de l’accès aux soins à l’école, en passant par le logement, la pandémie révèle les fractures sur lesquelles nous devrons nous battre) ; Europe toujours à la peine mais qui s’est ressaisie en toute dernière minute en décidant d’un plan massif de soutien à l’économie. Mais cette Europe-là ne l’accablons pas trop. Elle  n’est, après tout, que ce que  les peuples et ou les gouvernements en ont fait. …traité après traité depuis 60 ans !  Il est urgent de réinventer une autre Europe , tant les contradictions, les manques apparaissent. Où nous faisons ensemble ou nous faisons seuls.

A l’échelle nationale, les Radicaux considèrent que deux sujets devraient, à minima,  faire consensus : la réorganisation de notre système de santé et de prévention et  la relocalisation d’un certain nombre d’activités stratégiques.

Pour le reste, les sujets de débats restent nombreux et seront  intéressants s’ils sont fondés  sur la raison, le pragmatisme, la volonté de préserver nos libertés et la république.

A l’échelle locale – nous avons été les premiers ici à Rennes à créer un bureau des temps, à disposer d’une politique des temps – il faut amplifier tout cela pour une meilleure organisation de notre territoire et de nos vies ; nous devons aussi amplifier/démultiplier nos relations aux territoires proches (au pluriel) sur les sujets du développement économique et de l’habitat. Tout cela ne remettra pas en cause l’attrait de la métropole ! Enfin (et nous en parlerons tout à l’heure), nous devons tout faire pour préserver notre tissu de petites et moyennes entreprises et donner toute sa place à une forme d’économie à laquelle nous devrions tous croire davantage collectivement qui est l’économie sociale et solidaire. On ne basculera pas dans le monde d’après d’un bloc avec de grands plans  comme certains peuvent le souhaiter. Néanmoins, Cher(e)s collègues,  la crise sanitaire peut être l’occasion d’un sursaut. Un sursaut pour les citoyens, un sursaut pour les entreprises, un sursaut pour notre société pour construire un modèle plus social, plus écologique et démocratique.

Honoré PUIL

Président Groupe

Mouvement Radical

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