Conseil municipal du 28 juin 2021- Débat de politique générale – Retour sur les élections départementales et régionales

Madame la Maire, mes chers collègues,

Comme vous le savez tous ici, les élections régionales et départementales tenues les 20 et 27 juin, ont été marquées par un taux d’abstention historique sur fond de crise sanitaire. À l’occasion du premier tour des régionales et départementales, le dernier scrutin avant la course à la présidence de 2022, le taux d’abstention s’est établi à 65,7%. Une “Bérézina démocratique” titrait l’humanité lundi dernier ! Un chiffre d’abstention qui constitue un record dans l’histoire de la Ve République, loin devant celui des dernières élections européennes de 2009 (59,4%).

Le lit d’un abstentionnisme d’indifférence continue de se creuser mais, malheureusement, nous sommes sur une tendance qui vient de loin. Ce n’est pas la première fois dans cette salle, pour les plus anciens d’entre nous, que nous évoquons ce sujet.

L’abstention recouvre une diversité d’intentions (désintérêt, manque d’informations, accident de la vie, geste volontaire…), il n’en demeure pas moins que présenter l’abstentionniste comme individu totalement désintéressé par la chose publique n’est sans doute pas non plus très juste. Désaveu, ras-le-bol, incapacité à choisir, refus de participer pour ne pas cautionner…tels sont les arguments le plus souvent avancés par ceux qui la pratiquent.

Les causes de l’abstention sont donc plurielles.

La mission de la république, depuis son installation dans ce pays, a toujours été de faire, de fabriquer des citoyens…d’où l’importance accordée à l’école, à l’éducation. De ce point de vue, il a fallu beaucoup de force à nos prédécesseurs pour installer dans chaque commune de France une école publique. Les objectifs politiques étaient clairs : il s’agissait de créer de la raison, de produire du commun, de faire confiance à l’individu éclairé par la culture et de l’ouvrir à l’universel.

La république sait-elle encore faire ça ?

Ce n’est absolument pas certain à l’heure de tous les relativismes, de la montée des communautarismes contre l’universel et le commun, du regain d’influence des groupes religieux et ethniques, de la reconnaissance de n’importe quelle thèse différencialiste.  Au lieu de construire de la confiance et du sens, nous produisons de la méfiance, de la suspicion, de la jalousie. Tout cela n’est pas notre culture, d’où le profond trouble que traverse notre pays.

Camille Pelletan, tribun de la III ème république, proclamait que “la meilleure façon de défendre la république, c’était de la rendre républicaine”.

Rendre la France plus républicaine en 2021 passe dans doute par un choc d’égalité, une augmentation des salaires pour une vie meilleure (plus personne n’en parle aujourd’hui), une lutte sans merci contre tous les discours séparatistes, l’affirmation de la laïcité, la prise en compte des préoccupations nouvelles autour notamment de l’écologie.

Le personnel politique doit lui aussi donner l’exemple. Pierre Mendès-France écrivait en 1955 déjà que “la réforme morale était le préalable et la condition de toute rénovation de la vie politique”. Combien de temps va-t-on accepter, par exemple, que des élus condamnés restent en poste ? Pourquoi faut-il que des élus et responsables politiques s’adonnent (et nous venons le voir ici aussi en Bretagne lors des derniers scrutins) à la caricature, au mensonge ? Pourquoi parler, parfois, de propositions inconciliables alors qu’il ne s’agit tout au plus de nuances et de querelles d’égos ? Pourquoi, pour certains, mettre un signe égal entre l’action conduite par le président de la république et la présidente du Rassemblement national ?

Le citoyen de 2021 est plus instruit des choses et ne se laisse plus prendre à ces petits jeux. Il s’en détourne et il nous le dit. Les Rennais et les Rennaises aussi.

Rendre la France plus républicaine, c’est aussi rendre les choses plus simples, plus compréhensibles pour nos concitoyens. Avons-nous encore besoin d’une architecture institutionnelle aussi lourde ? D’un système de votation qui l’est tout autant et de surcroit différent d’un échelon à un autre ?

La démocratie réelle implique la participation la plus large de l’ensemble des citoyens aux débats et aux choix publics mais pourquoi le ferait-t-il puisque, pour beaucoup, il s’agira d’une illusion de démocratie puisque son vote ne sera pas pris en compte dans la répartition des sièges ?

Nous appartenons tous ici ou presque à des organisations politiques. Nous avons un devoir celui de formuler des propositions pour redonner corps à notre démocratie.

Pour les Radicaux qui ont installé, avec d’autres, le modèle républicain dans ce pays il faut aujourd’hui un nouveau projet de société, simplifier notre système institutionnel où plus personne ne sait plus qui fait quoi, mais aussi moderniser notre suffrage.

Voilà pourquoi depuis plusieurs années, nous avons formulé diverses propositions comme l’instauration de la proportionnelle afin que toutes les expressions soient représentées ou encore de reconnaître le vote blanc. A l’occasion de la crise sanitaire, nos parlementaires ont proposé la mise en place du vote à distance. Nous proposons aussi d’ouvrir un débat sur le caractère obligatoire du vote.

Tous les gouvernements depuis 20 ans expliquent que ce n’est jamais le bon moment pour réformer et légiférer sur le sujet. C’est désormais urgent, impératif, faute de quoi notre démocratie sera emportée et nous en serons les responsables.

 

Honoré PUIL

Président du groupe Mouvement Radical

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