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Invisibilisation des agents d’entretien – intervention de Honoré Puil lors du Conseil municipal du 14 mars 2022

Madame la Maire, mes chers collègues,

Je profite de la mobilisation de notre collectivité consacrée au mois sur les droits des femmes pour vous parler de la situation des agents d’entretien. Pourquoi me dire-vous ? Selon la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES), ils sont près de 1,9 million de personnes à exercer la profession d’agent d’entretien et pour une écrasante majorité (huit sur dix) sont des femmes, peu diplômées, et issues pour une bonne partie de l’immigration (20%, soit deux fois plus que dans l’ensemble du contingent ouvrier global). La particularité de ce secteur est la surreprésentation des femmes qui subissent temps partiels, temps fragmentés, émiettés, sous-payés.

En effet, le travail à temps partiel constitue la structure même qui permet la flexibilité organisationnelle dans cette activité, si bien qu’il se présente comme une option généralement subie par les salariés. Il s’impose, avant tout, en raison de l’organisation des chantiers selon le type d’horaire qui découpe le temps de travail en deux blocs homogènes, le matin et le soir, et de la préférence marquée par les employeurs pour un régime de travail flexible n’occasionnant pas le paiement de salaires supplémentaires en cas de prestation d’heures complémentaires.

L’emploi du temps du personnel de nettoyage allie donc temps partiel, horaires atypiques, morcellement de l’activité professionnelle et pluriactivité ce qui conduit inévitablement à de lourdes conséquences sur la vie familiale et sociale et la santé.

Selon les données de la Fédération des entreprises de propreté, parmi les salariés de ce secteur, 66% des femmes et 40% des hommes travaillent pour des contrats inférieurs à 900 euros par mois… mobilisés malgré tout, pendant cette épidémie de la Covid-19. Dans les entreprises, les services publics ou à domicile, au soutien de personnes fragiles. Sans ménagement et, souvent, sans précaution.

Même si ces dernières années, les grèves se sont succédées dans le secteur du nettoyage. Si les contrats précaires et les cadences infernales commencent à être médiatisés, pas un mot en revanche sur la santé des agentes de nettoyage, menacées par l’usage répété de produits chimiques toxiques.

Pour Dominique Lhuilier, psychologue spécialiste du dirty-work, le peu d’attention portée aux conditions de travail (et donc à la santé) de ces employées pourrait s’expliquer par le fait que « toutes les tâches qui entretiennent une proximité trop étroite avec l’activité domestique sont exposées au même sort que celles traditionnellement réservées aux femmes dans la sphère ménagère et familiale : l’invisibilité.

Autre plaie qui précarise et invisibilise un peu plus les salariés de ce secteur c’est le recours massif à la sous-traitance dans les entreprises de services. L’activité sous-traitée, « indigne » de figurer au cœur des activités de l’entreprise, activité jamais montrée, effectuée par des salariés mobiles, élastiques lui, glissant d’un lieu à l’autre, d’un chantier à un autre, d’une entreprise à une autre. Leurs horaires contribuent à rendre invisibles des salariés qui ne font souvent que croiser les usagers des locaux nettoyés. Si l’on peut en arriver à de telles extrémités, c’est essentiellement parce que les salariés de la propreté ne sont plus intégrés aux entreprises. La plupart d’entre eux sont en effet employés par un sous-traitant. Privés d’horaires de bureaux, ces employés ne peuvent ni se mélanger avec les autres membres de l’entreprise ni bénéficier des mêmes avantages. Ici la condition salariale est devenue floue à rebours de la justice sociale et du droit du travail.

Les agents d’entretien sont des milliers sur le bassin de Rennes et nombre d’entre eux connaissent les conditions que je viens d’évoquer.

La ville de Rennes depuis 2004, sous l’impulsion de son maire Edmond Hervé et de son adjointe Jocelyne Bougeard, a pris à bras le corps la question de l’aménagement du temps de travail des agents d’entretien de certains locaux municipaux avec la mise en place, à l’époque, de deux tranches horaires donnant la possibilité à chacun d’eux de pouvoir passer la soirée avec sa famille et de lever à un horaire ordinaire.  Force est de constater que trop de collectivités, trop d’entreprises n’ont encore à ce jour aucune réflexion sur ce sujet du temps des agents d’entretien ! Oui, il y a encore à convaincre pour faire accepter la présence d’un agent d’entretien pendant la période de travail d’un autre salarié. Pourtant toute la société aurait à y gagner ! Nous devons sensibiliser les fédérations professionnelles à ce sujet.

Je vous remercie.

Honoré PUIL

Président du groupe Parti Radical

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